Aperçu
Dans notre revue du troisième trimestre de 2026, nous examinons un environnement de marché de plus en plus marqué par la concentration des rendements, la hausse des taux d’intérêt et l’ampleur exceptionnelle des investissements dans l’intelligence artificielle. Bien que les principaux indices boursiers continuent d’afficher de solides rendements, la performance des entreprises qui les composent révèle une réalité bien différente. Nous revenons également sur une leçon importante de l’histoire des marchés financiers : les prévisions largement acceptées ne constituent pas toujours des indicateurs fiables de ce que l’avenir nous réserve.
Des marchés solides, mais une croissance concentrée
Au cours des trois dernières années, les principaux marchés boursiers ont généré des rendements nettement supérieurs à leurs moyennes historiques à long terme. Le Canada, les États-Unis, l’Europe et les marchés émergents ont tous profité d’une période exceptionnellement favorable, avec des rendements atteignant, dans certains cas, deux à trois fois leurs moyennes historiques.
Le troisième trimestre a toutefois mis en évidence les importantes disparités entre les secteurs. L’énergie a figuré parmi les secteurs les plus performants, soutenue par une hausse d’environ 34 % des prix du pétrole au cours du trimestre. Le secteur des technologies a également poursuivi sa progression, tandis que l’immobilier, les services publics et les télécommunications ont enregistré des baisses importantes.
Au Canada, les secteurs de la finance et de l’énergie ont contribué à la vigueur du marché, alors que plusieurs autres secteurs ont éprouvé des difficultés. Aux États-Unis, les technologies sont demeurées le principal moteur de croissance, notamment grâce aux gains importants réalisés par des entreprises comme NVIDIA, Micron et Intel.
Cette distinction est importante. De solides rendements indiciels ne signifient pas nécessairement que l’ensemble du marché participe à la hausse. De plus, les périodes de performance exceptionnelle sont souvent suivies d’une phase de consolidation ou d’un recul d’une partie des gains réalisés.
L’allégorie de la caverne de Platon et les risques du consensus
L’un des défis auxquels les investisseurs sont confrontés consiste à distinguer l’information de la connaissance. L’allégorie de la caverne de Platon offre une comparaison intéressante : des prisonniers qui n’ont observé toute leur vie que des ombres projetées sur un mur finissent par confondre ces ombres avec la réalité.
Les marchés financiers peuvent créer un environnement semblable. Certains discours sont répétés, les prévisions deviennent des vérités généralement admises et les investisseurs peuvent adopter une interprétation limitée des événements sans remettre en question les hypothèses qui la sous-tendent.
L’histoire du pic pétrolier constitue un exemple particulièrement pertinent. À la fin des années 1990 et au début des années 2000, l’opinion dominante voulait que la production mondiale de pétrole atteigne bientôt son maximum, entraînant une hausse permanente des prix à mesure que les réserves diminueraient.
Pourtant, le scénario anticipé ne s’est pas concrétisé comme prévu. La révolution du pétrole de schiste aux États-Unis a transformé la production énergétique, les innovations technologiques ayant permis de plus que doubler la production pétrolière américaine. En 2020, le marché a connu un renversement extraordinaire, certains contrats à terme sur le pétrole se négociant brièvement à des prix négatifs.
La leçon à retenir n’est pas que les prévisions sont inutiles, mais plutôt que l’innovation et les événements imprévus peuvent transformer fondamentalement les hypothèses sur lesquelles elles reposent.
L’intelligence artificielle : un nouveau cycle d’investissement
L’intelligence artificielle se trouve aujourd’hui au cœur d’un discours de marché tout aussi puissant. Les entreprises technologiques consacrent des capitaux considérables à la construction de centres de données, à la fabrication de semi-conducteurs, aux infrastructures électriques et aux équipements nécessaires au déploiement de l’intelligence artificielle.
L’ampleur de ces engagements représente un changement majeur par rapport à il y a quelques années seulement, alors que plusieurs des plus grandes entreprises technologiques se distinguaient par leurs importantes réserves de liquidités et leurs besoins relativement modestes en capitaux.
Aujourd’hui, les mécanismes de financement reposent de plus en plus sur l’endettement et sur des obligations à long terme, notamment des engagements qui ne sont pas nécessairement entièrement reflétés dans les bilans des entreprises.
Les conséquences économiques sont considérables. Selon certaines estimations, les investissements liés aux technologies et à l’intelligence artificielle auraient représenté environ le quart à un tiers de la croissance récente du produit intérieur brut (PIB) américain. Sans cette contribution, la croissance économique sous-jacente aurait été nettement plus faible.
Cela soulève une question importante : que se passera-t-il si les engagements d’investissement ralentissent ou si les retombées économiques attendues prennent plus de temps à se concrétiser?
L’intelligence artificielle freine-t-elle le reste de l’économie?
Un autre élément à considérer est le phénomène économique connu sous le nom de « syndrome hollandais », qui survient lorsque l’expansion rapide d’une industrie attire les capitaux, la main-d’œuvre et les ressources au détriment d’autres secteurs.
Le Canada a connu des conditions semblables lors de précédents booms énergétiques, particulièrement dans l’Ouest canadien, lorsque la forte demande provenant de l’industrie pétrolière exerçait des pressions sur d’autres secteurs de l’économie.
Le cycle d’investissement dans l’intelligence artificielle pourrait produire un effet comparable. La construction de centres de données, les infrastructures énergétiques, la logistique et les équipements spécialisés nécessitent des ressources considérables, ce qui pourrait détourner une partie de l’activité économique du logement, de la fabrication et d’autres industries.
Bien que les dépenses liées à l’intelligence artificielle soutiennent la croissance économique, les conséquences plus larges d’une telle concentration des investissements méritent une attention particulière. Une économie vigoureuse, mais portée par un nombre restreint d’industries, pourrait être plus vulnérable aux changements touchant ces secteurs que ne le laissent croire les chiffres globaux du PIB.
La concentration des indices masque des faiblesses sous-jacentes
L’exemple le plus révélateur de la concentration des marchés se trouve peut-être au sein même de l’indice S&P 500.
Malgré la performance positive de l’indice, environ 60 % des entreprises qui le composent se négociaient sous leurs sommets historiques à la fin de septembre. Près de 41 % affichaient un recul d’au moins 30 % par rapport à leurs sommets, tandis que près de 20 % avaient perdu 50 % ou plus de leur valeur.
Cette divergence devient encore plus évidente lorsqu’on compare le S&P 500 traditionnel, pondéré selon la capitalisation boursière, à sa version équipondérée. Depuis 2021, les plus grandes entreprises ont généré une part disproportionnée des rendements, laissant l’indice équipondéré nettement à la traîne.
Pour les investisseurs qui privilégient la diversification, cette situation met en lumière une distinction importante entre la performance et la gestion du risque.
Un portefeuille qui limite son exposition à chaque entreprise et maintient une diversification appropriée ne suivra pas nécessairement le rendement d’un indice de plus en plus dominé par une poignée d’entreprises affichant des performances exceptionnelles. Cet écart ne constitue pas nécessairement un échec dans la construction du portefeuille, mais représente plutôt une conséquence de la gestion du risque de concentration.
Le simple fait d’investir dans un indice n’élimine pas ce risque.
Les taux d’intérêt : plus élevés, mais pas inhabituels d’un point de vue historique
Les taux d’intérêt ont poursuivi leur progression, particulièrement pour les échéances à plus long terme. Le rendement des obligations du gouvernement canadien à 10 ans est passé d’environ 3,5 % au début de 2026 à près de 4 % à la fin de septembre. Aux États-Unis, les rendements comparables sont passés d’environ 4,7 % à 5,3 %.
Le Japon a connu un ajustement encore plus marqué, alors que son marché obligataire s’éloigne de plusieurs décennies de taux d’intérêt exceptionnellement bas.
Bien que ces hausses aient touché les secteurs sensibles aux taux d’intérêt, notamment l’immobilier et les services publics, les rendements actuels ne sont pas nécessairement inhabituels selon les normes historiques.
Les économies ont déjà fonctionné efficacement avec des taux d’intérêt équivalents ou supérieurs à ceux observés aujourd’hui. Ce qui crée souvent des difficultés n’est pas tant le niveau absolu des taux que la rapidité avec laquelle ils évoluent.
La hausse des rendements obligataires accroît également la concurrence entre les obligations et les actions. Lorsque les rendements des titres à revenu fixe se rapprochent des rendements à long terme que les investisseurs anticipent des actions, la rémunération supplémentaire offerte en contrepartie du risque associé aux actions devient moins intéressante.
Cette relation pourrait jouer un rôle de plus en plus important dans la construction des portefeuilles si les rendements obligataires poursuivent leur hausse.
Principaux constats du troisième trimestre de 2026
– Les solides rendements des indices boursiers continuent de masquer d’importantes faiblesses sous-jacentes.
– La performance des marchés demeure concentrée dans les secteurs des technologies et de l’énergie, ainsi que dans un nombre relativement restreint d’entreprises.
– L’essor des investissements dans l’intelligence artificielle soutient la croissance économique, mais entraîne également des risques liés au financement et à la concentration.
– L’histoire nous rappelle que l’innovation technologique peut bouleverser même les prévisions les plus largement acceptées.
– La hausse des rendements obligataires soulève de nouvelles questions concernant la valorisation des actions et la répartition de l’actif.
Perspectives
Plutôt que de prolonger les tendances récentes ou de formuler des prévisions audacieuses sur l’intelligence artificielle, nous continuons de chercher à comprendre les risques et les occasions qui se développent sous la surface des marchés.
Le cycle d’investissement dans l’intelligence artificielle pourrait continuer de générer une valeur économique considérable, mais son résultat à long terme demeure incertain. De même, des taux d’intérêt plus élevés pourraient représenter des défis pour certains secteurs tout en créant des occasions dans d’autres.
Les périodes de performance boursière exceptionnelle peuvent donner l’impression que la diversification est devenue inutile, particulièrement lorsqu’un groupe restreint d’entreprises surperforme constamment le reste du marché. Toutefois, l’objectif d’une construction de portefeuille rigoureuse n’est pas simplement de suivre les placements les plus performants, mais de gérer les risques dans des conditions de marché changeantes.
Notre approche demeure inchangée : remettre en question les idées reçues, maintenir une diversification appropriée et privilégier les principes fondamentaux de l’investissement à long terme plutôt que les discours de marché à court terme.


