Revue du 1er trimestre de 2020

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Résumé

En zone de turbulences

Compte tenu de l’excellente performance de la plupart des catégories d’actifs en 2019, nous avions déjà augmenté nos liquidités, car nous sentions le besoin d’agir avec prudence dans l’atmosphère de prise de risque surexcitée qui régnait sur les marchés jusqu’au début de février.

Notre méfiance nous a permis d’atténuer les répercussions de la chute des marchés sur nos portefeuilles. La correction a été si soudaine et les ventes si massives que les « coupe-circuits » des principales bourses se sont déclenchés, aussi bien au Canada que partout dans le monde, de sorte que la négociation a été interrompue à quelques reprises.

Il ne fait aucun doute que les dernières semaines ont été éprouvantes sur tous les fronts et que les marchés sont maintenant entrés en zone de turbulences.

À retenir

La croissance économique, qui était ininterrompue depuis 10 ans à l’échelle mondiale, s’est brusquement arrêtée. Les PIB nationaux, que ce soit au Canada, aux États-Unis ou ailleurs dans le monde, se sont contractés au premier trimestre et devraient chuter de façon spectaculaire au deuxième trimestre.

De nombreux analystes espèrent une certaine stabilisation au troisième trimestre, suivie d’une reprise vigoureuse au cours des trois derniers mois de l’année. S’agit-il d’un scénario réaliste ou trop optimiste ? À l’heure actuelle, personne ne le sait vraiment.

Cependant, une chose est sûre : tous les marchés baissiers ont une fin et ils sont toujours suivis de marchés haussiers. Il importe cependant de pouvoir compter sur un plan d’investissement qui permet de traverser le marché baissier actuel : l’occasion est excellente de renforcer votre portefeuille en investissant dans des titres valorisés par les investisseurs en raison de leurs perspectives, mais dont les cours ont chuté, à l’image de l’ensemble du marché.

Conclusion

Notre approche ne change pas. Nous avons actuellement l’occasion d’acquérir, à des cours attrayants, des entreprises de haute qualité capables de préserver leur rentabilité durant la récession. La baisse des rendements sur les marchés facilite cette quête. Nous continuons de travailler à préserver le capital, à générer des liquidités et à investir judicieusement.

Le trimestre en détail

LES TROIS FACTEURS PRINCIPAUX

La pandémie mondiale de COVID-19, qui a mis une grande partie de la planète sur « pause ».

La réaction intense (quoique tardive) des investisseurs à cette crise.

Le fait que de nombreux investisseurs avaient emprunté pour investir, ce qui les a obligés à vendre massivement à perte en mars.

 LE RÉSUMÉ DU RENDEMENT

La réaction des investisseurs a été à la fois vive et généralisée.

Les bourses ont plongé : l’indice S&P 500 a perdu 34 % en 23 jours, tandis que l’indice S&P/TSX a chuté de 37 % en 22 jours.

Dans un marché désormais baissier, les règles du jeu ont changé, comme vous pourrez le lire ci-dessous.

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LE MARCHÉ CANADIEN EN BREF

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La Bourse de Toronto a été secouée par des vagues de liquidations en février et en mars, la plupart de ses principales composantes sectorielles ayant été durement touchées par la crise. La finance (banques, assureurs, etc.) compte pour environ 32 % de son indice phare, le S&P/TSX; l’énergie, 13 % (notamment les pipelines et les exportateurs pétroliers); les matériaux, 12 % (métaux et exploitants miniers); et l’industrie, 12 %.

L’ÉCONOMIE CANADIENNE

Nous publions habituellement les prévisions du PIB. Cependant, au moment d’écrire ces lignes, les perspectives économiques sont si nébuleuses – qu’elles portent sur la croissance ou la récession – que nous ne pouvons pas présenter de données fiables.

La récession n’est plus une probabilité, mais une certitude.

Le confinement affecte directement la consommation de pétrole. Les réserves de pétrole débordent, les prix chutent (ils étaient même négatifs au moment de la rédaction de ce rapport). Cela a évidemment des répercussions sur tout un pan de l’économie canadienne.

LES BÉNÉFICES DES SOCIÉTÉS CANADIENNES

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Le tableau ci-dessus présente les prévisions de bénéfices à la Bourse de Toronto pour les 12 prochains mois, ainsi que pour les deux années qui suivent. C’est avec beaucoup de scepticisme qu’il faut les lire. En gros, disons que le bénéfice par action de l’ensemble des composantes de l’indice S&P/TSX s’établissait à un peu plus de 1 000 $ en 2019. Présentement, les analystes tablent sur une baisse de 12 % au cours des 12 prochains mois. Selon l’information dont nous disposons aujourd’hui, cette prévision semble quelque peu optimiste. Les anticipations de croissance pour 2022 et au-delà sont encore plus optimistes. En période de turbulences, ce genre de prévisions globales souffre d’un retard évident. Bien qu’elles fassent les manchettes, on ne peut guère s’y fier pour prendre des décisions d’investissement. La prudence est de mise, et l’acheteur doit rester sur ses gardes.

LA VALORISATION DES ACTIONS CANADIENNES

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Le volet du haut illustre l’évolution de l’indice S&P/TSX depuis 2015. Après avoir atteint de nouveaux sommets en début d’année, l’indice s’est effondré en deuxième moitié de trimestre.

Une phase descendante peut être d’ordre technique (c’est-à-dire, basée uniquement sur les mouvements du marché) ou fondamental (c’est-à-dire, être liée à des indicateurs comme les bénéfices courants et d’autres données financières des entreprises, autrement dit, sur l’« économie réelle »). Il semble que la conjoncture de la chute actuelle relève de ces deux ordres, technique et fondamental. L’avenir nous le dira, mais il faut continuer d’être ouvert d’esprit et de prendre des décisions en fonction des données.

Les bénéfices par action (panneau du bas), qui étaient à un niveau record au début du trimestre, ont naturellement chuté. Leur descente devrait se poursuivre, car les indicateurs fondamentaux se détérioreront davantage avant de se rétablir.

LES LEADERS DU MARCHÉ CANADIEN

La performance de tous les secteurs de la bourse canadienne a été négative. Les baisses les plus prononcées ont été subies par des secteurs qui sont les pierres angulaires du marché canadien, comme l’énergie, la finance et les matériaux. De façon relative, les secteurs de la technologie et des services aux collectivités ont été quelque peu épargnés.

Le secteur de l’énergie a été particulièrement mis à mal par la chute des prix du pétrole découlant du ralentissement de l’économie mondiale.

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Sans surprise, les entreprises les plus durement touchées œuvrent dans les champs traditionnels du secteur énergétique, tandis que des sociétés spécialisées en énergie renouvelable sont parmi les plus performantes. Parmi les vedettes du trimestre, on retrouve des épiciers, un producteur d’or, une papetière et une plateforme de commerce électronique.

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LE MARCHÉ AMÉRICAIN EN BREF

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À la bourse américaine, la vague de liquidations a été rapide et généralisée. L’indice S&P 500 a chuté comme la plupart des marchés du monde, perdant 34 % en 23 jours.

Quelques rares secteurs d’activité se sont relativement bien débrouillés, comme les fabricants de produits de nettoyage (savons, désinfectants), les entreprises de livraison, les épiceries et les grandes chaînes de détail comme Walmart. Tous les autres secteurs ont connu une forte baisse.

L’ÉCONOMIE DES ÉTATS-UNIS

Nous publions habituellement des prévisions du PIB. Cependant, au moment de rédiger ce rapport, les perspectives économiques sont si nébuleuses – qu’elles portent sur la croissance ou la récession – que nous ne pouvons pas présenter de données fiables.

La récession n’est plus une probabilité, mais une certitude.

L’économie américaine est une puissante locomotive soutenue par une banque centrale et une Maison-Blanche très interventionnistes. La rapidité et l’ampleur de la reprise dépendront de la réouverture de l’économie et des mesures mises en place par les petits commerces et les grandes entreprises pour enrayer la propagation de la COVID-19.

Sans être devin, on peut prédire que l’activité économique sera freinée à la fois par les mesures de santé publique et par le nouveau malaise entourant les contacts sociaux.

LES BÉNÉFICES DES SOCIÉTÉS AMÉRICAINES

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Le bénéfice par action (première ligne du tableau ci-dessus) de l’ensemble du S&P 500 est estimé à 151 $ US pour 2019. Pour 2020 et les années suivantes, les prévisions sont quelque peu étonnantes. Le consensus des experts s’attend à une baisse de 9 % cette année, suivie d’un rebond vigoureux en 2021 et au-delà.

À l’heure actuelle, il est difficile d’extrapoler, car personne ne sait réellement l’effet qu’aura cette mise à l’arrêt sur l’économie, ni dans quelle mesure la demande refoulée s’exprimera après le redémarrage des activités.

En supposant, par exemple, un repli de 30 à 40 % de l’activité économique au deuxième trimestre, le bénéfice par action devrait s’élever à environ 135 $ US (par rapport à environ 151 $ US l’année dernière). Quant aux dividendes, nous ne prévoyons pas qu’ils seront réduits de façon radicale, car les sociétés qui versent des dividendes sont habituellement dans une meilleure situation financière que la plupart des autres entreprises. Pour l’instant, nous n’avons aucunement foi dans les prévisions de rebond en 2021 et au-delà, car personne ne sait comment l’économie fonctionnera.

Les données portant sur l’endettement seront faussées, car les entreprises utilisent leurs facilités de crédit simplement pour s’assurer que leur banquier ne les supprime pas.

LA VALORISATION DES ACTIONS AMÉRICAINES

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Le S&P 500 s’établissait à environ 2250 à la fin du trimestre. Si l’on applique le même pourcentage de chute que celui extrapolé pour le bénéfice par action, on a une idée du niveau auquel l’indice peut tomber.

Le marché a déjà tenté une petite remontée, mais visiblement, il demeure très volatil. Il est très utile de pouvoir compter sur une estimation du creux du marché afin de se préparer à déployer le capital de façon rationnelle et disciplinée. Cela nous aide aussi à garder les choses en perspective lorsqu’on investit dans un marché déprimé.

LES LEADERS DU MARCHÉ AMÉRICAIN

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Le rendement du S&P 500 s’est établi à -19,6 % au premier trimestre. Les secteurs qui ont affiché les pires performances sont ceux qui ont été directement touchés par les effets du coronavirus : les commerces de détail, les producteurs gaziers et pétroliers, les chaînes hôtelières et les compagnies aériennes.

Les premiers de classe sont, dans l’ordre, les télécommunications sans fil, le secteur aurifère et les chaînes d’alimentation.

Si l’on déplace notre loupe sur les entreprises (tableau ci-dessous), on remarque que les leaders comprennent des sociétés pharmaceutiques et technologiques, ainsi qu’un fabricant de produits désinfectants. Comme on peut s’y attendre, des entreprises des secteurs de l’énergie et des croisières sont parmi les plus malmenées.

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LES MARCHÉS INTERNATIONAUX

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Les marchés européens (ci-dessus) ont plongé de 36 % entre leur sommet de janvier et leur creux de mars. Cette déplorable contre-performance n’est toutefois pas aussi mauvaise qu’on aurait pu le craindre. La volatilité a toutefois été extrême.

Les marchés émergents (ci-dessous) ont connu une chute semblable (-34 %). Il s’agit d’un bel exemple de marchés corrélés. Dans un mouvement à la baisse comme celui-ci, il n’y a de refuge nulle part.

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LES DEVISES

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Après avoir atteint 0,77 $ US en début d’année, le dollar canadien (ci-dessus) est descendu jusqu’à 0,69 $ US. Sa valeur s’établissait à 0,71 $ US à la fin du trimestre.

Cette baisse s’explique naturellement par un mouvement général vers des valeurs refuges, le marché obligataire américain étant considéré comme un placement de première qualité.

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L’euro (ci-dessus) s’est stabilisé en 2019. Il affiche cependant une forte volatilité depuis février, et il est difficile actuellement d’estimer où se situera le creux pour cette devise.

LES TAUX D’INTÉRÊT CANADIENS

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Comme prévu, la courbe de rendement a cessé de s’inverser au Canada, corrigeant ainsi l’anomalie observée au cours des trimestres précédents. Comme vous le voyez ci-dessus, les taux d’intérêt à long terme (10 ans) ont augmenté par rapport aux taux à court terme (2 ans), ce qui est normal en période d’incertitude. L’écart entre les deux taux est devenu nettement positif.

LES TAUX D’INTÉRÊT AMÉRICAINS

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Aux États-Unis, la courbe de rendement avait déjà cessé de s’inverser au trimestre précédent, comme l’illustre l’écart entre les taux d’intérêt des obligations du gouvernement américain de 10 ans (long terme) et les échéances à plus court terme (2 ans). Comme cet écart était déjà plus grand, il s’est encore plus élargi que l’écart des taux canadiens.

On ne peut s’empêcher de souligner que l’inversion de la courbe des rendements (c’est-à-dire, lorsque les taux de long terme sont inférieurs aux taux de court terme), dont la presse financière s’alarmait en 2019, n’est pas ce qui, en soi, a déclenché la récession actuelle.

LE MARCHÉ DES OPTIONS

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L’indice VIX (familièrement appelé « indice de la peur »), qui mesure la volatilité de l’indice S&P 500, a été relativement tranquille au cours de la majeure partie de 2019. Après avoir commencé l’année 2020 à 12, il s’est toutefois déchaîné à partir de la mi-février, s’élevant rapidement jusqu’à un sommet de 80. Il s’établissait à environ 53 au moment d’écrire ces lignes.

UNE PETITE LEÇON SUR LE MARCHÉ

Nous sommes nettement dans un marché baissier. Et pour paraphraser Woody Allen, cette section pourrait s’intituler « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir à propos des marchés baissiers… sans jamais oser le demander ». Sans plus de préliminaires, allons-y…

Un marché baissier se définit comme étant un déclin prolongé des cours boursiers. De façon générale, il est caractérisé par une baisse d’au moins 20 % des cours depuis leur dernier sommet, avec, en toile de fond, un pessimisme généralisé et une perte de confiance des investisseurs. Les marchés baissiers accompagnent habituellement les ralentissements économiques, tels que les récessions.

L’une des caractéristiques frappantes d’un marché baissier, c’est que les différentes catégories d’actifs – les divers types d’actions (ordinaires, privilégiées), les obligations – évoluent toutes dans la même direction, les investisseurs ne considérant plus aucun type d’actif comme un refuge.

Les plus récents marchés baissiers ont commencé avec les événements suivants : le « lundi noir » du 19 octobre 1987 (-35 %), l’éclatement de la bulle des point-coms en 2000-2001 et la grande récession de 2008-2009. Cependant, les marchés ont toujours rebondi par la suite, et avec le temps, le mouvement à la hausse a plus que compensé les pertes.

Les marchés baissiers suivent le même scénario. Survient d’abord le premier plongeon. Après un certain temps, les tracés se redressent, parfois par à-coups, et commencent à regagner le terrain perdu. Toutefois, cette remontée peut représenter ce qu’on appelle communément un « piège à ours » ou un « rallye de soulagement ». En effet, elle peut être interrompue par un nouveau test de mouvement à la baisse, constitué d’une chute ou d’une série de chutes moins graves que le plongeon initial, mais qui entraînent néanmoins de nouvelles pertes.

Enfin, il ne faut jamais négliger l’état émotionnel des investisseurs. N’oublions pas que les marchés atteignent leur creux lorsque tous les investisseurs « vulnérables » en sont sortis. Ces sorties se produisent habituellement en période de profond pessimisme. C’est la raison pour laquelle les marchés et les actions atteignent leur creux bien avant que l’économie ou l’activité des entreprises aient rebondi de façon manifeste. En bref, il faut résister à la peur et au pessimisme. Heureusement, les creux de marché sont davantage un processus qu’un événement, ce qui laisse le temps de déployer des capitaux.

CONCLUSION

Bien que la situation actuelle soit difficile émotionnellement et mette nos nerfs à rude épreuve, elle nous offre l’occasion de mettre la main sur des actions de haute qualité à bon prix. C’est justement notre objectif : lors d’un marché baissier, nous veillons à améliorer nos portefeuilles en achetant des titres de premier plan à prix d’aubaine, et à bien nous positionner en vue du prochain marché haussier.

Notre première étape consiste à avoir beaucoup de liquidités. Dans ce but, nous avons effectué des ventes stratégiques et nous continuerons de vendre certains titres en portefeuille, en nous délestant d’entreprises qui auront du mal à tirer leur épingle du jeu dans une récession prolongée.

Comme nous l’avons vu, les marchés baissiers traversent trois phases : la chute initiale, la remontée (le « piège à ours »), puis le nouveau test de mouvement à la baisse. Le moment auquel ce nouveau test surviendra ainsi que sa durée dépendront de l’évolution de la pandémie, et de l’arrivée d’un vaccin ou de traitements. Notre stratégie d’achat d’actions s’appuie sur ce contexte. Nous poursuivons patiemment notre quête de titres d’entreprises de qualité à de bons prix, et comptons déployer toutes nos liquidités.

La chose la plus importante à retenir, c’est que les marchés baissiers finissent toujours par finir, et qu’ils mènent inévitablement à des marchés haussiers.

Il est essentiel de rester en bourse, car une grande partie des gains sont réalisés juste après un marché baissier. Selon Bank of America, un investisseur qui aurait raté les 10 meilleures séances du S&P 500 dans chaque décennie de 1930 à 2019 aurait obtenu un rendement de seulement 91 %. En comparaison, un investisseur ayant conservé son placement dans toutes les périodes de hauts et de bas aurait obtenu un faramineux rendement de… 14 962 % !

Pour rester discipliné et récolter les fruits de l’inévitable rebond, il importe d’avoir un plan et de le suivre en laissant les émotions de côté. Il faut aussi garder un esprit ouvert pour saisir les bonnes occasions, et toujours se baser rigoureusement sur les données. C’est notre travail, et nous continuerons de le faire.

Si vous avez des questions, des préoccupations ou des commentaires, n’hésitez pas à communiquer avec nous. Nous sommes toujours là pour vous.

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